L'actu de Montpellier

le 03 décembre 2013

Supporters : vraiment extra sans les ultras ?

La Ligue de Football Professionnel (LFP) veut sécuriser les stades à l’extrême. Quitte à les aseptiser.
 

Des scènes d’émeute dans la tribune de l’Allianz Arena, flambant neuve. Des combats, des affrontements entre supporters et forces de l’ordre, huit personnes blessées, une manquant de tomber dans le vide, plus de 200 sièges arrachés. Ces incidents déclenchés par des supporters des Verts avant le match Nice – Saint-Etienne, le dimanche 24 novembre, ont remis le terme hooliganisme en première page des problèmes à traiter par le football français. 

Première réponse de la Ligue de football professionnel, en attendant d’autres sanctions (pouvant aller jusqu’au retrait de points) : les supporters de Saint-Etienne seront privés de tribunes en déplacement jusqu’à la fin de l’année 2013 (et notamment à La Mosson le 13 décembre). Il ne s’agit pas d’une interdiction de déplacement, mesure qui ne peut être prise que par la préfecture de police ou le ministère de l’Intérieur et qui a d’ailleurs déjà été brandie, notamment lors du match Saint-Etienne – Lyon.

Interdiction systématique 

Mais à l’arrivée, le résultat est le même. Le président de la Ligue, Frédéric Thiriez, a même laissé entendre que « si cela devenait nécessaire, une interdiction systématique de déplacements de supporters serait envisageable ». Soyons clairs : bannir des stades les abrutis qui ne pensent qu’à taper sur les supporters du camp adverse, tout le monde est d’accord. De là à mettre dans le même sac tous les clubs de L1…  »Une interdiction de déplacements de supporters est une mesure administrative exceptionnelle qu’on ne peut généraliser », a admis dans L’Équipe Antoine Boutonnet, responsable de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme. La Ligue la contourne donc avec son interdiction de tribune.

A Montpellier, tolérance zéro

Les clubs ont implicitement été accusés par le ministère de l’Intérieur de ne pas faire leur boulot auprès des clubs de supporters. À Montpellier, les choses se sont améliorées à force de dialogue et de tolérance zéro : supporter interpellé comme vendredi à Marseille, en cas de jet de fumigène, puis dépôt de plainte du club.  »On a plutôt un bon contact avec le club, confirme Florian, membre du groupe montpelliérain Armata Ultras. Il faut négocier sec pour rentrer une banderole, c’est sûr. Le problème, c’est que la Ligue voudrait des stades aseptisés. Après les incidents de Nice, elle applique un principe de précaution comme pour la vache folle en voulant abattre tout le troupeau alors qu’il y a une seule bête malade. Mais la question à poser, c’est pourquoi des supporters peuvent passer d’une tribune à l’autre dans un stade neuf conçu pour l’Euro 2016 ? Moi je dis que les conditions de sécurité n’étaient pas assurées. »

« On tue notre plaisir »

Les ultras montpelliérains, qui ont vu l’un des leurs perdre un œil autour de La Mosson sur un tir de flash-ball, il y a un an (plainte de la victime contre la police toujours en cours d’instruction), regrettent un déploiement de violence parfois excessif.  »On a une ferveur certes excessive qu’on revendique, mais il n’y a pas parmi nous que des abrutis assoiffés de sang, clame encore Florian. Je vais au stade depuis quinze ans pour vivre pleinement ma passion, mais s’il faut mettre 3 h 30 pour aller à Marseille, encadrés comme des animaux, être filmés en permanence pendant un match et être victimes de lois d’exception qu’on ne prend qu’en cas de guerre, je finirai par laisser tomber. On tue notre plaisir. » La collectivité des supporters paye les excès de quelques décérébrés. Et le jour où il n’y aura plus les tifos ni les chants des ultras, sans doute les stades ressembleront-ils à des cathédrales, propres, religieusement silencieuses. Mais vides et terriblement tristes.



source : www.midilibre.fr
crédits photos : www.midilibre.fr


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