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le 11 décembre 2013

Football / Montpellier – Jean Fernandez : « Ce club était fait pour moi »

Souriant, avenant, comme d’habitude, Jean Fernandez se laisse même aller à quelques plaisanteries dans sa grande villa tout près du Conseil régional. Six jours après avoir été poussé à démissionner par Louis Nicollin, le coach, remplacé par Rolland Courbis, est touché mais pas abattu.

  »Ça a été violent, je me suis posé des questions pendant quatre jours mais je reprends le dessus », dit-il. Il assume sa part de l’échec, ne regrette rien et parle déjà de rebondir très vite, avec son adjoint David Carré, dans un club de Ligue 2 ambitieux.

« Je m’en veux à moi »

Comment vous sentez-vous ?

« J’ai beaucoup de regrets car Montpellier était un club pour moi. Quand j’avais été contacté par M. Nicollin, j’étais vraiment, vraiment heureux de venir. Je pars avec beaucoup de frustration car j’ai l’impression d’avoir raté une expérience qui aurait pu être extraordinaire.

Je m’en veux beaucoup car je suis le premier responsable de la gestion sportive et des résultats. J’en paie les conséquences. J’ai un grand respect pour M. Nicollin de m’avoir donné cette opportunité après mon passage à Nancy. Je n’en veux à personne au club, je ne veux blâmer personne ni polémiquer. Je m’en veux à moi.

Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Le club passait par une année de transition. Il fallait travailler sur un cycle de deux ans, minimum. Cela s’est compliqué avec les blessures longues de Saihi, Bocaly, Aït-Fana. On a joué de malchance et il nous a manqué un attaquant. J’assume le recrutement de Victor Montaño, je l’ai voulu. C’est un joueur attachant avec un super-état d’esprit. Mais lui aussi a besoin de temps pour revenir à son niveau. S’il avait marqué deux ou trois buts de plus, on ne serait pas là à parler de tout ça.

« Louis Nicollin a eu peur, il a craqué, c’est normal »

Qu’avez-vous à vous reprocher ?

Pas grand-chose si ce n’est qu’on est 17e … Avec trois victoires de plus, on serait 10e . Avec les matches contre Rennes, Nantes, Lille et Guingamp à la Mosson, il y avait la place. Moi, j’ai toujours vu le verre à moitié plein, la qualité de nos prestations sur le fond. Je me suis dit qu’il ne manquait pas grand-chose et qu’en prenant un attaquant au mercato d’hiver, en récupérant un Saihi et un Montano au top, on décollerait. Mais Loulou a vu le verre à moitié vide, il a eu peur et il a craqué, c’est normal. Je ne peux lui en vouloir, il a créé le club, il a mis ses tripes dans ce club.Je peux le comprendre.

« J’ai senti un lynchage médiatique »

Avez-vous été victime de votre image après votre échec à Nancy ?

C’est sans doute quelque chose qui a joué contre moi mais je tiens à rétablir une certaine vérité : j’ai eu une image extraordinaire, y compris en termes de résultats, pendant 28 ans. J’ai fait monter trois clubs en L1, disputé la Ligue des champions sur trois continents, connu 600 matches de L1. J’ai été élu meilleur coach de L1 il y a trois ans avec Auxerre. Je suis resté le même et même encore plus fort, mais mon passage à Nancy m’a foutu en l’air. et j’ai senti un lynchage médiatique par rapport à ça. Cela a conditionné l’opinion. J’ai manqué de crédibilité auprès des supporters, des dirigeants et même du président à cause de ça. Après, c’était difficile aussi de passer derrière René Girard et Rolland Courbis qui ont profondément marqué les gens ici.

Que vous a-t-il manqué ?

Du temps et un peu de crédibilité.

Vous avez été touché par les déclarations du président à votre sujet ?

(Il réfléchit) Bien sûr. Je ne m’y attendais pas après Marseille. Je ne peux pas lui en vouloir, même si elles ne sont pas arrivées dans le bon timing. Ça a plombé le match de Lorient dans la tête des supporters et des joueurs en faisant monter la pression.

« J’ai l’impression de ne pas avoir commencé »

Vous avez des regrets ?

Mon regret, c’est que dans l’esprit des gens c’est un échec, alors que j’ai l’impression de ne pas avoir commencé. Certes, on me rappelle que je suis 17e et que je n’ai gagné que deux matches… Moi, j’étais prêt à continuer. J’étais sûr que ça allait repartir. Et ça va repartir !

Quels ont été vos derniers mots aux joueurs ?

Je les ai réunis le lendemain du match de Lorient. Je leur ai dit que j’avais vécu des moments extraordinaires et pris un plaisir fou au quotidien avec eux. Partout où je passe, je retiens l’aventure humaine.

« J’irai au stade de La Mosson, voir quelques matches »

Allez vous quitter Montpellier ?

Non. Je vais rester ici jusqu’à la fin de la saison. J’aime la ville et ma femme aussi. Je veux rester en contact avec le président et le staff, garder de bons rapports. Nous nous sommes séparés à l’amiable et ils ont fait les choses bien au niveau financier. Je ne suis pas rancunier. J’irai au stade de la Mosson, même, voir quelques matches. Pour le moment, je vais aller à Marrakech voir la Coupe du monde des clubs puis Arsène Wenger m’a invité pour le boxing day, à Londres.

« Un club de L2 ambitieux, ça peut être intéressant »

Comment allez-vous pouvoir rebondir après vos expériences à Nancy et Montpellier ?

Entraîner est ma passion et ma vocation. Sachant que je fais le plus beau métier du monde et que j’aime le milieu du foot, j’ai envie de continuer. Quand j’ai commencé ce métier, je l’ai fait pour le meilleur et pour le pire. Quand je fais le bilan, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance. Depuis quelques temps, j’ai un peu moins de chance. Rebondir en Ligue 1, cela paraît compliqué. Dans ma carrière, j’ai vécu trois montées (Cannes, Sochaux et Metz), je me dis que peut-être un club de Ligue 2 ambitieux, ça peut être intéressant. Après, l’autre solution c’est partir à l’étranger. Mais, je suis entraîneur, je reste entraîneur et je finirai entraîneur ».

« La personne qui pourra me dégoûter du foot n’est pas née »

Pourquoi pas avec Nîmes ?

Je n’ai pas réfléchi à la question. Je suis dans l’état d’esprit de progresser et de me refaire une santé. Je suis un drogué du foot. La personne qui pourra m’en dégoûter n’est pas née.



source : www.midilibre.fr
crédits photos : www.midilibre.fr


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